mercredi 25 août 2021

La vie ne vaut d'être vécue...

 sans amour



 
Nature, accomplis-tu tes oeuvres au hasard
Sans raisonnable loi ni prévoyant génie ?
Ou bien m'as tu donné par cruelle ironie 
Des lèvres et des mains l'ouïe et le regard ?
 
 

Il est tant de saveurs, dont je n'ai point ma part
Tant de fruits à cueillir, que le sort me dénie !
Il voyage vers moi tant de flots d'harmonie
Tant de rayons qui tous m'arriveront trop tard !

 
Et si je meurs sans voir mon idole inconnue
Si sa lointaine voix ne m'est point parvenue 
A quoi m'auront servi mon oreille et mes yeux ?
 
 

A quoi m'aura servi ma main hors de la sienne ?
Mes lèvres et mon coeur sans qu'elle m'appartienne ?
Pourquoi vivre a demi quand le néant vaut mieux ? 
 

René-François Sully Prudhomme " Trop tard "




vendredi 25 septembre 2020

Comment encore reconnaître ...

 




Comment encore reconnaître
ce que fut la douce vie ?
En contemplant peut-être
dans ma paume l'imagerie


de ces lignes et de ces rides
que l'on entretient
en fermant sur le vide
cette main de rien.

Rainer Maria RILKE








mercredi 3 avril 2019

de tout renaît l’exaltation ...

Malgré les ruines et la mort
Où s’acheva toujours chaque illusion,
La force de mes rêves est si forte
Que de tout renaît l’exaltation

Sophia de Mello Breyner Andresen " malgré les ruines et la mort " 
 

 





lundi 4 février 2019

L’amour nous sauve la vie...




J’ai ancré l’espérance
Aux racines de la vie

Face aux ténèbres
J’ai dressé des clartés

Planté des flambeaux
A la lisière des nuits

Des clartés qui persistent
Des flambeaux qui se glissent
Entre ombres et barbaries

Des clartés qui renaissent
Des flambeaux qui se dressent
Sans jamais dépérir

J’enracine l’espérance
Dans le terreau du cœur
J’adopte toute l’espérance
En son esprit frondeur.

Andrée Chedid  " l’espérance "


mercredi 30 mai 2018

Danser, c'est parler au silence ...


Il faut avoir du chaos en soi pour enfanter une étoile qui danse 
Nietzsche


J'ai tendu des cordes de clocher à clocher ; des guirlandes de fenêtre à fenêtre ; des chaînes d'or d'étoile à étoile et je danse 
Arthur Rimbaud 




Disposant un nuage dans le ciel, une orange dans une assiette  
Les peintres éclairent ce qu'il reste de jour dans le soir 
Inventent la juste distance qui permet à l'espace de s'ouvrir, et à
l'amour de danser 
Christian Bobin " le huitième jour de la semaine" 


Danser,est-ce combler un vide ? Est-ce taire l'essence d'un cri ?
C'est la vie de nos astres rapides prise au ralenti.

Rainer Maria Rilke 





mardi 29 mai 2018

Le printemps est inexorable !

Les fleurs du printemps sont les rêves de l'hiver racontés, le matin, à la table des anges.
Khalil Gibran


Veillés par une primevère solitaire
nous nous sommes retrouvés à la lisière du monde.
Les pétales nous regardaient surpris
la terre encore blanche de neige
les rayons du soleil embrumés.
L’hiver est parti, tu l’as senti.
Nous avons osé le désir éphémère
ensemble
nous nous sommes laissés éblouir.


La chaleur de tes mains m’a caressée sans me toucher
pétale primitif
Ton regard m’a modelée
neige de printemps
Ton souffle a enluminé mon âme
rayon de certitudes
Tes mots ont su, pour un instant, orner notre futur
Eternellement embrumé.

Sybille Rembard "primevères de printemps "


dimanche 27 mai 2018

Je rêve tellement d'avoir été ...




Mes pleurs sont à moi, nul au monde
Ne les a comptés ni reçus
Pas un oeil étranger qui sonde
Les désespoirs que j’ai conçus

L’être qui souffre est un mystère
Parmi ses frères ici-bas
Il faut qu’il aille solitaire
S’asseoir aux portes du trépas.

J’irai seule et brisant ma lyre
Souffrant mes maux sans les chanter
Car je sentirais à les dire
Plus de douleur qu’à les porter
Louise Ackermann  " adieu à la poésie "

L'espace et le temps sont au poète....


Le poète est une âme de cristal
Une âme aux mille voix
Le poème s'adresse à la sensibilité, non au savoir
à l'imagination, non à la logique
L'espace et le temps sont au poète....






















Que le poète aille où il veut, en faisant ce qui lui plaît ; c'est la loi.
La poésie n'est pas dans la forme des idées
mais dans les idées elles-mêmes.
Le poète doit marcher devant les peuples
comme une lumière et leur montrer le chemin.





II ne sera jamais l'écho d'aucune parole, si ce n'est celle de Dieu.
Si le poète doit choisir dans les choses (et il le doit)
ce n'est pas le beau, mais le caractéristique.


Un poète est un monde enfermé dans un homme.
La poésie n'est pas un ornement ; elle est un instrument.
La poésie est un monde enfermé dans un homme.
Victor Hugo








jeudi 10 mai 2018

Voy a dormir, vestida de mar ...









Je vais dormir
Dents de fleurs, coiffe de rosée
mains d’herbe, toi ma douce nourrice
prépare les draps de terre
et l’édredon sarclé de mousse.
Je vais dormir, ma nourrice, berce-moi.
Pose une lampe à mon chevet
une constellation, celle qui te plaît
elles sont toutes belles : baisse-la un peu.
Laisse-moi seule : écoute se rompre les bourgeons…
un pied céleste te berce de tout là-haut
et un oiseau esquisse quelques voltes
pour que tu puisses oublier… Merci. Ah, une dernière chose :
s’il venait à me téléphoner
dis-lui qu’il n’insiste pas et que je suis sortie…

Voy a dormir
Dientes de flores, cofia de rocío
manos de hierbas, tú, nodriza fina
tenme prestas las sábanas terrosas
y el edredón de musgos escardados.
Voy a dormir, nodriza mía, acuéstame.
Ponme una lámpara a la cabecera
una constelación, la que te guste
todas son buenas, bájala un poquito.
Déjame sola: oyes romper los brotes.
Te acuna un pie celeste desde arriba
y un pájaro te traza unos compases
para que olvides. Gracias... Ah, un encargo:
si él llama nuevamente por teléfono
le dices que no insista, que he salido.

Alfonsina Storni - Voy a dormir


dimanche 29 avril 2018

Le temps est passé quand-même ...

Déjà la vie ardente incline vers le soir
Respire ta jeunesse 
Le temps est court qui va de la vigne au pressoir 
De l'aube au jour qui baisse 



Garde ton âme ouverte aux parfums d'alentour 
Aux mouvements de l'onde 
Aime l'effort, l'espoir, l'orgueil aime l'amour 
C'est la chose profonde 


Combien s'en sont allés de tous les coeurs vivants 
Au séjour solitaire
Sans avoir bu le miel et respiré le vent 
Des matins de la terre


Combien s'en sont allés qui ce soir sont pareils
Aux racines des ronces 
Et qui n'ont pas goûté la vie où le soleil 
Se déploie et s'enfonce !


Ils n'ont pas répandu les essences et l'or
Dont leurs mains étaient pleines
Les voici maintenant dans cette ombre où l'on dort 
Sans rêve et sans haleine 

-Toi vis, sois innombrable à force de désirs
Des frissons et d'extase
Penche sur le chemin où l'homme doit servir 
Ton âme comme un vase 



Mêlée aux jeux des jours presse contre ton sein
La vie âpre et farouche
Que la joie et l'amour chantent comme un essaim
D'abeilles sur ta bouche 



Et puis regarde fuir sans regret ni tourment 
Les rives infidèles 
Ayant donné ton coeur et ton consentement 
A la nuit éternelle...

Anna de Noailles " Le temps de vivre" 




jeudi 8 mars 2018

Coeur à Corps ...

C'est mon art le plus cher et ma plus chère méchanceté d'avoir appris à mon silence à ne pas se trahir par le silence. 
La petite Chartreuse
 

Le chagrin ça nimbe 
Et puis ça éloigne de soi tout soupçon de  méchanceté et de médiocrité 
Philippe Besson 


Je l'aimais  toujours autant 
Toujours beaucoup, avec du débordement 
Vous vivez dans une absolue procuration 
Vous n'êtes qu'un parallèle un pâme dièdre d'autrui 
le bonheur a pris les traits d'une seule personne.


Et on se trouve un matin, méchanceté d'attaque et cruauté sur pied
On entrevoyait le malheur 
La perversité assez gratinée montrait du caractère
se soudait les coudes 
Tout s'ébranlait dans un conflit mauve 
Marien Defalvard